Pas romantique d'amour là, romantique d'union avec la nature, romantique des souffrances à la jeune Werther, romantique l'ancêtre d'emo. Romantique avec un R majuscule.
Au cégep, je trippais solide sur Kirsten Dunst dans Virgin Suicides, si jeune, si fraiche, si belle... si morte. À l'université, je regardais aussi en boucle la scène de suicide de l'amoureuse secrète dans Rules of Attraction. L'idée de vouloir s'enlever la vie m'en semble une de respect pour la vie, d'affirmation de soi : je décide que la vie, c'est pas ça, que ma vie vaut mieux que ce qu'elle est, alors je la rend. Quelle beauté. Quel ode à la perfection.
J'oserais jamais, mais je suis jaloux.
On insiste tellement pour convaincre les gens de rester en vie, pour les aider, on croit nous-même en notre jugement qui nous dicte que la pensée suicidaire n'est pas ce qu'elle est, qu'elle est plutôt un cri d'alerte, un état de détresse temporaire. Compose le numéro mon gros, on va t'aider nous-autres.
On brise la sélection naturelle.
La mort est l'ultime ennemi pour la plupart des gens. Les gens chanceux. Les autres n'ont même pas le droit d'y penser, encore moins d'en parler : essayez d'écrire à quelqu'un que vous avez envie, parfois, de balancer votre corps au bout d'une corde pour que votre crâne se fracasse sur un bloc de béton et répande son précieux contenu un peu partout.
Essayez.
L'image m'obsède; sa violence m'envoûte. Quelle réaction aurait cette personne qui me trouverait pendu/overdosé/encastré dans un poteau de téléphone? Qu'est-ce qu'on dirait de moi en parlant au passé? Qui pleurerait, qui crierait, qui rirait? Après combien de temps l’œil magique cesserait-il de percevoir un mouvement, une vie, pour finalement éteindre la lumière sur mon corps froid et moite? Je suis nostalgique de ce que je semblerais avoir été si j'étais suicidé.
Le fantasme de ma propre mort tragique est d'ailleurs probablement le plus grand signe chez moi d'un narcissisme incurable.
Vous n'êtes pas à la hauteur.
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